Une production allégée réduit l'énergie grise

29. juin 2020

Le terme « d'énergie grise » désigne l'énergie qui n'est pas directement achetée par le consommateur, mais qui est nécessaire à la fabrication des biens ainsi que leur transport, le stockage et l'élimination. Le secteur du bâtiment est responsable d'environ 50 pour cent de l'énergie grise dans le monde. Au cours de notre entretien avec Johannes Huhn, responsable Lean Management chez ALHO, nous élucidons le rapport entre le concept du Lean Management et la protection du climat et comment une production allégée (Lean production) chez PROCONTAIN filiale de ALHO contribue largement à réduire l'énergie grise.

 

Que signifie le terme de Lean Management ?

Johannes Huhn (JH): Lean Management est une approche pour optimiser les processus que l'on connaît avant tout du secteur automobile. Le terme anglais peut être traduit par « gestion maigre ». Il s'agit d'une philosophie d'entreprise venant du Japon. Là-bas, c'est une philosophie de vie consistant à remettre en question tout ce qui est inutile, se demander jour pour jour comment on peut encore s'améliorer et à ne jamais se reposer sur ce que l'on a déjà réalisé.

 

Quelles sont les opportunités et les approches dans les entreprises de production ?

Johannes Huhn (JH): Le principe de base du Lean Management est de réduire le gaspillage. Grâce à l'optimisation et l'harmonisation des processus, les ressources doivent être utilisées de façon plus efficiente pour augmenter ainsi la productivité et la qualité. Le gaspillage est le plus facilement identifié dans le domaine de la production, car il y est le plus rapidement visible. Pour cela, l'implémentation du Lean Management se fait en général dans les processus de production. Mais comme nous l'avons dit plus haut, il ne s'agit pas d'un changement ponctuel de processus spécifiques, mais d'une nouvelle philosophie d'entreprise. Il est donc indispensable d'étendre ces principes également aux autres départements de l'entreprise le long de la chaîne de création de valeur.

 

Qu'entend-on par gaspillage dans la production ?

Johannes Huhn (JH): On fait la distinction entre sept types de gaspillage. Certains d'entre eux semblent évidents. Mais on les retrouve dans de nombreuses entreprises de production. Ils recèlent un fort potentiel quand il s'agit d'optimiser l'utilisation des ressources dans l'esprit d'une création de valeur accrue.

 

De quels types de gaspillage s'agit-il concrètement ?

Johannes Huhn (JH): Un type de gaspillage – qui est en même temps aussi le point de départ d'autres types de gaspillage – est la surproduction. On la trouve là où l'on produit plus que ce dont le client a actuellement besoin. Avec la surproduction, une création de valeur dans le sens classique a certes lieu, mais il est incertain si les valeurs créées atterriront un jour chez le client.

 

Ce qui veut dire qu'on gaspille de l'énergie pour des produits pour lesquels il n'y a aucun besoin.

Johannes Huhn (JH): Oui, et cela a pour conséquence que des stocks sont amassés, c'est le deuxième type de gaspillage. Au début de la chaîne de création de valeur, les stocks se retrouvent sous forme de matières premières, au sein de la chaîne de création de valeur sous forme de produits semi-finis (une conséquence de la surproduction) et à la fin de la chaîne de création de valeur sous forme de produits finis. Des composants stockés peuvent vieillir selon la durée de stockage, ils immobilisent les matières premières et consomment une surface de stockage précieuse. Et ainsi, nous avons déjà trouvé le troisième type de gaspillage, la surface ou l'espace. Ce type de gaspillage résulte soit de la surproduction, soit des stocks. Si le stock de matières ou de produits est plein à craquer, des surfaces supplémentaires au sein de la production sont occupées par du matériel ou des marchandises. Ces surfaces ne sont ensuite plus disponibles pour des activités de création de valeur.

 

Et elles entravent ou bloquent même la production et le flux de matériel.

Johannes Huhn (JH): Cela nous mène au type de gaspillage suivant, le transport. Dans les entreprises de production, on transporte quasiment tout ce qui peut être transporté : les matières premières, les pièces usinées, les outils ou les moyens de production. Le transport est une activité qui ne crée aucune valeur, mais il est en même temps nécessaire, car les matériaux doivent inévitablement être transportés au cours de la production. Plus les voies sont longues et encombrées, plus la situation est grave. Grâce à des voies de transport adaptées aux besoins de la production, il est possible de réduire le gaspillage. Il en est de même pour les temps de trajet. Il s'agit du temps investi pour les trajets parcourus sans matériel, contrairement au transport. On peut par exemple reconnaitre des trajets inutiles au fait que le collaborateur fait régulièrement des allers retours au sein de sa zone de travail ou qu'il doit même quitter sa propre zone de travail pour chercher des objets manquants. Cela engendre des temps de trajet considérables pendant lesquels le collaborateur ne peut créer aucune valeur et qui peuvent même être rallongés par des matériels encombrants sur le passage.

 

Vous aviez parlé de sept types de gaspillage. Il en manque encore deux, de quels types s'agit-il ?

Johannes Huhn (JH): Il reste à citer les temps d'attente et les erreurs. Si le collaborateur est, pour des raisons quelconques, obligé d'attendre, il ne peut réaliser aucune création de valeur sur le produit. Le temps de pose de produits commencés peut aussi être considéré comme une attente. Ici, ce n'est par contre pas le collaborateur qui attend de pouvoir à nouveau créer de la valeur, mais le produit qui attend d'être usiné. Une grande partie du temps perdu lors de la fabrication d'un produit est due aux temps d'attente et de dépôt.

En ce qui concerne les erreurs, il est facile de comprendre que la mise au rebut ou le travail supplémentaire dû au manque de qualité qui en résulte sont du gaspillage. Si un réusinage est encore possible, la création de valeurs est alors seulement en partie gaspillée – mais dans le cas de la mise au rebut, totalement gaspillée.

 

La distinction entre création de valeur et gaspillage constitue la base de l'optimisation des processus de production. Mais quels sont les processus chez ALHO et sur quels principes sont-ils basés ?

Johannes Huhn (JH): Ici aussi, le modèle est l'industrie automobile. Un principe de base de la production allégée consiste à continuer à transformer en permanence le matériel depuis le début du processus de transformation jusqu'à la finalisation d'un produit. Pour que cela fonctionne, plusieurs principes de base interagissent. Au cours du procédé appelé « flux », les étapes de travail sont réparties de façon optimale au sein du déroulement de la production. Les étapes de travail pour la création d'un produit sont rassemblées de manière intelligente et ont lieu à un endroit appelé poste de fabrication. Lorsque tous les travaux sur un poste sont terminés, le produit est remis au poste suivant. Le produit passe donc les étapes de la production en « flux », sans s'arrêter.

 

Certaines étapes de travailles sont plus courtes que d'autres. Comment peut-on les harmoniser ?

Johannes Huhn (JH): Pour qu'il n'y ait pas de « bouchon » au sein de la production, la production est cadencée. Un poste de fabrication indique la cadence. En général, il s'agit du poste qui prend le plus de temps au sein du processus de production. Le nombre de produits qui peuvent y être traités en un certain temps détermine le rendement de l'ensemble de la production. Des pics momentanés au niveau de l'intensité de travail peuvent être compensés par des équipes mobiles d'ouvriers qualifiés. Pour expliquer le principe suivant, le « tirage », nous considérons la logistique. Des quantités et des types de matériaux définis se trouvent aux postes de matériel. Lorsque la quantité est inférieure à une limite définie, une taille de lots supplémentaire est automatiquement mise à disposition. Ce système KANBAN est déterminé par la consommation et évite d'amasser des stocks élevés. La méthode définie par les commandes fait en sorte que des composants individuels liés au projet sont disponibles quand on a réellement besoin d'eux au cours du processus.

 

Et quel est le rapport avec le thème du bilan écologique des bâtiments et l'énergie grise ?

Johannes Huhn (JH): Notre production allégée permet d'éviter le gaspillage lors de la construction de nos bâtiments - ou, formulé de façon positive : nous assurons le meilleur emploi qui ménage le plus possible les ressources, qu'il s'agisse des matériaux, d'énergie ou aussi de ressources humaines. Nous réduisons l'énergie nécessaire à la fabrication de nos modules ainsi que pour le stockage et le transport des matériaux nécessaires à la production de modules – et de ce fait, nous réduisons aussi l'énergie grise.

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